Mardi 19 juin 2007

Voici la suite de ce fabuleux feuilleton (je suis un peu sur les nerfs aujourd'hui).
J'ai presque 18 ans, mon bac dans quelques mois, et comme des milliers d'autres jeunes à la même époque, je dois choisir une voie pour la suite. Je ne sais pas ce que je veux faire. J'ai choisi ma filière par élimination, pas par amour pour la socio et l'économie. Mais bon, j'y suis, alors... Au CIO, je consulte des brochures et je tombe sur un Deug tout neuf, enseigné à l'époque dans seulement 4 universités (dont Pointe à Pitre), qui rassemble mathématiques, sciences sociales et informatique. A peu près le programme du lycée, c'est rassurant et je choisis ça. La seule université qui prenne encore les incriptions (nous sommes en mars) est Lille. Va pour Lille.

Je me retrouve donc dans une ville que je ne connais pas, éloignée de la maison pour la première fois. Le choc est rude. Je découvre la fac et son emploi du temps ultra-light, surtout pour moi qui n'ai jamais été une bosseuse acharnée (j'ai une bonne mémoire et un gros poil dans la main, je n'ai commencé à réviser sérieusement mes cours qu'au lycée. J'ai quand même eu mon bac du premier coup...). Passé le temps d'adaptation, je n'ai pas le souvenir que les choses se passent bien ou mal. Les choses suivent leur cours de manière normale, je bosse vaguement, jusqu'en mars 99.
Je dois présenter un autre personnage de l'histoire. J'ai cinq frères et sœurs plus âgés que moi ; la plus jeune, si je peux employer ce mot (nous avons neuf ans d'écart) est la plus différente de moi, aussi sociable que je suis renfermée. Elle a de nombreux amis, en particulier V., qu'elle a connue au lycée et qui est devenue sa milleure amie. Elles sont très proches toutes les deux, et V. fait quasiment partie de la famille.
V. va mal. Je sais très peu de choses sur ce qui s'est passé, je sais qu'il y a eu un conflit avec sa famille, un gros conflit. Son seul moyen d'en sortir, dans un moment de grande détresse, sera de se suicider alors que mes parents l'hébergeaient.
Toute la famille est dévastée. Je suis au trente-sixième dessous, je sèche de plus en plus les cours et après les vacances de Pâques, je n'y vais pour ainsi dire plus. Je ne passe bien sûr pas les examens. Je finis par rentrer chez mes parents vers la mi-mai.
En octobre, je redouble ma première année. J'ai maintenant compris que le Deug ne me convient pas et je cherche à entrer dans une autre voie, mais je ne peux pas ; je ne cherche pas d'avantage et je reprends les mêmes études. A mesure que le temps passe, les symptômes de la dépression se dessinent, je perds le sommeil, l'appétit, tout intérêt pour mes études ou quoi que ce soit, je pleure pour un rien. Aux vacances de Pâques, mon médecin me met sous magnésium et sous une petite dose d'anti-dépresseur. Vers mai, je vois un psychiatre à Lille - je ne sais plus comment j'en suis allée à voir un psychiatre - qui augmente la dose. Le mieux est net, mais ce n'est toujours pas ça.
Je fête mes 20 ans, passe mes examens et les rate. Je suis épuisée. Je revois à Chartres une psychiatre qui m'avait suivie quelques temps quand j'étais en terminale, une idée de l'orthophoniste que je voyais à l'époque (merci, Dr. C). Elle ordonne - je n'en crois pas mes oreilles - un arrêt total des études jusqu'à ce que je puisse penser à la fac sans paniquer.
Ça prendra deux ans. 
Pendant cette longue période, je commence à publier sur Internet.

J'ai donc 22 ans en entrant, idée venue par un loisir plus qu'autre chose, mais c'était déjà ça, dans une prépa aux écoles d'Art. Je découvre Versailles et je l'adore. Les études ne donnent rien de spécial, ce n'est pas ma voie, je préfère la littérature au dessin ! Les professeurs suggèrent un Deug de Lettres. L'idée est retenue pour l'année suivante.
Mon père, qui avait eu un cancer du rectum guéri, commence à tousser.
Fin septembre 2003, j'entre en fac de Lettres Modernes à côté de Versailles. Très vite, je me rends comtpe que c'est ma voie, les études me plaisent et je m'y concentre à fond.
L'état de mon père s'aggrave, il a des métastases dans les poumons. Il meurt, d'épuisement surtout, le 23 novembre. C'est tombé au moment du mouvement contre le CPE, ce qui me permet de rater les cours sans trop de problèmes. Je reprends la fac sans difficulté. 

Je continuerai plus tard, ça devient long !

Par Matteic - Publié dans : Petits mots
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