Je me suis dit qu'il fallait que j'explique un peu cette histoire de phobie sociale... Il y a quelques bouquins
grand public sur le sujet, mais je n'ai jamais réussi à accrocher aux publications de ce genre, donc j'en pense le plus grand mal, peut-être par regret mal
dissimulé, enfin passons.
Je fais partie d'un groupe de parole à une annexe de Sainte Anne (j'en reparlerai à l'occasion) et un jour, en discutant, le médecin (nous faisons les séances avec une psychologue et le
psychiatre, quand il peut venir, peut-être une fois sur trois) prononce plusieurs fois le mot de phobie. Quelqu'un demande "phobie de quoi au juste ?" ou un truc du genre et notre grand
spécialiste répond quelque chose dans les "eh bien, euh..." avant de changer de sujet. Si même les pros ne peuvent pas répondre !
Bref, j'ai décidé de raconter ma propre histoire... Comme ça, on fera mieux connaissance...
Donc, 20 mai 1980, je débarque dans une famille déjà nombreuse. Je suis la petite sœur de cinq grands nés en six ans et quelques... il y a près de neuf ans de cela (ma plus jeune sœur est née en
septembre 71, l'aînée en juillet 65). Je grandis joyeusement et sans difficulté apparente. Je suis plutôt dégourdie à l'école (merci, les grands frères et sœurs qui m'entraînent sans le savoir
!), mais d'après mes souvenirs je suis déjà différente des autres. Est-ce parce que, si j'ai cinq amis / baby-sitters à disposition, ils sont plus âgés que moi et je joue donc pas mal toute seule
? Non, j'ai un ami par une relation de ma mère, âgé d'un an de moins que moi, qui habite tout près de la maison. Pourtant, à l'école, je joue beaucoup toute seule (j'ai retrouvé un sondage non
envoyé dans un magazine enfantin, rempli quand j'avais neuf ans), j'ai plus le sentiment d'être un poids, ou un simple bagage, pour mes copines qu'une vraie amie... En y repensant, je me
demande comment nous avons pu ne rien remarquer. Je n'ai jamais, en quatre ans de primaire (mes souvenirs de l'école maternelle sont trop incomplets pour être utilisés) été invitée à une fête
d'anniversaire. Je ne me souviens pas particulièrement d'avoir invité lors du mien : pour quoi faire, j'ai cinq frères et sœurs ! D'accord, le nombre diminue peu à peu au fil des années (ma plus
jeune sœur quitte la maison quand j'entre en sixième), mais l'habitude est prise.
En revanche, il y a déjà une chose qui restera constante longtemps : je suis facilement prise pour cible par les plus forts et plus cruels que moi. Rien de très marquant toutefois, et je
sais que je ne suis pas la seule. Bref, j'avais constaté très jeune que l'être humain est naturellement grégaire, qu'il est plus dangereux en groupe, que je suis différente et que je ne peux rien
y faire.
Au collège, les choses empirent. Je me mets à bégayer - nous n'avons toujours pas trouvé la cause précise et je m'en fiche pas mal - et les "éléments perturbateurs" me trouvent très à leur goût.
En sixième, cinquième et quatrième, j'ai chaque année un bourreau différent ; l'unique fille (en cinquième) se révélera de loin la plus cruelle, et c'est la seule contre qui je ne pourrai rien
faire, car ses agressions ne sont que psychologiques, et extrêmement fines ! Je retrouve un trait qui s'est manifesté en primaire, j'ai tendance à préférer pour copines des filles qui sont mon
exact opposé, vives, moyennement sérieuses, voire fauteuses de trouble (sans grande exagération non plus, c'est un établissement privé). Les sérieuses sont purement et simplement ignorées !
Je sors du collège fatiguée et de plus en plus méfiante. Le goût de la solitude est parfaitement ancré et maintenant jugé comme plus sûr ; même si j'essaierai toujours (instinct ?) de m'approcher
du groupe, je renoncerai facilement.
Le lycée, grâce je pense à la plus grande maturité et aussi à un changement de camarades, se passe beaucoup mieux. Je ne suis plus repoussée et je peux vivre ma vie tranquilement. Je m'entends
bien avec mes camarades de banc, même si l'amitié n'ira jamais très loin (je vous laisse deviner ce qu'il advenait des relations sentimentales dans un contexte pareil...). Grâce à une bonne
orthophoniste, mon élocution s'améliore nettement.
Le point noir vient cette fois du côté scolaire ! En première, je cumule deux profs peaux de vache - dont une professeur de français qui pourrit la vie de toute la classe, en plus le programme
n'était pas facile ! - et une professeur d'anglais à qui je me suis déjà heurtée au collège, qui me considère comme mauvais élément (mes résultats désastreux ne l'encouragent guère à penser le
contraire...). Grâce à elle, j'ai réussi l'exploit de finir l'année avec moins de connaissances qu'au début. Ça ne s'invente pas !
Comme je suis nulle en langues (trait familial, paraît-il) et que les maths ne m'attirent pas plus que ça, je vais - bêtement - en Eco. Résultat, je m'oriente vers des études qui ne me
correspondent pas, et les choses vont empirer de manière impressionnante après le lycée. Je vous raconterai ça une autre fois.